Nature ou Culture? Question Capillaire

Vivi Pic

Crédit Photo: Adjoa Sika « Hair »

L’expression est bien connue : “on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop!” Et si cette phrase s’applique dans bien de domaines de la vie, pour nous femmes noires elle a encore plus de sens quand il s’agit de nos cheveux. Que d’efforts quotidiens pour maintenir notre chevelure, particulièrement pour celles d’entre s’adonnent au défrisage. La chasse aux “racines” est une lutte perpétuelle!

Le rapport que chacune de nous maintient avec sa tignasse a fait l’objet de bons nombres d’articles, d’essais, et de blogs. Tout récemment le sujet a pris une place centrale dans Americanah, le roman acclamé de la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. Celle-ci semble avoir déclaré une véritable guerre aux produits chimiques, et le démontre dans son choix de cheveux naturels qu’elle arbore dans des styles divers. Voilà donc quelqu’un qui a pris en main le destin de son cuir chevelu et nous encourage toutes à en faire autant. Hélas, de cet encouragement à l’acte, il y a un fossé que beaucoup d’entre nous ont du mal à franchir.

Difficile en effet de faire fi d’un demi-siècle d’idées reçues qui veut que la norme pour la femme noire c’est les cheveux défrisés ou tressés. Il faut dire que pour la plupart d’entre nous, le parcours de notre chevelure était tracé d’avance. De la naissance à l’adolescence, nos cheveux naturels étaient à la charge de nos mères, qui tant bien que mal les domptaient sous des tresses en tout genre. A l’adolescence, les changements corporels que nous vivions s’accompagnaient alors de l’initiation de notre cuir chevelu au défrisage. Peu d’entre nous ont réellement eu le choix ou appris à gérer les cheveux naturels. Ce qui explique peut-être l’appréhension, voire le malaise, que beaucoup éprouvent à l’idée d’abandonner le défrisage.

Au delà de la peur de l’inhabituel, il y a bien sur les facteurs sociaux de notre réalité moderne. Tout d’abord, la crainte des regards interrogateurs de notre entourage ou dans le cadre professionnel. Même si on dénombre de plus en plus de femmes noires qui se laisse tenter par l’aventure, les cheveux naturels, coupés simples, en afro, ou même domptés sous des tresses, restent encore l’exception, quelque soit l’endroit où nous vivons. Il est vrai que les cheveux naturels, l’afro en particulier, est souvent associé à une rébellion ou à quelque revendication sociale. Ce n’est pas à tord. Dans les années 70, l’afro est devenu un symbole de la doctrine “black is beautiful”, et par extension, semble rester le symbole du noir un peu anarchiste, ou tout du moins, qui veut en donner l’impression. On a bien vu la ferveur que l’afro du fils du nouveau maire de New York  a inspiré aux électeurs. Du jour au lendemain, le jeune Dante de Blasio qui n’a rien du physique du fils à papa politicien, est devenu un symbole du ras-le-bol des New Yorkais « laissés pour compte ».

De même la coupe de cheveux de l’actrice Kenyane Lupita Nyong’o a fait autant parler d’elle que sa silhouette longiligne, son teint noir, et ses réels talents d’actrice. On a voulu voir en elle un symbole révolutionnaire postmoderne, comme si elle était précurseur des cheveux courts. Pourtant nombres de femmes ont adopté ce style de par le passé, dont l’inoubliable Grace Jones. Et même si elles n’ont pas réussi à convaincre la masse, beaucoup de femmes ont accepté cette option depuis des décennies. Il faudrait que les cheveux naturels, courts, afro, ou en dreadlocks, cessent de véhiculer un message et deviennent un choix tout aussi acceptable que les tresses, le défrisage, ou pourquoi pas, la boule à zéro de ces messieurs!

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Crédit photo: D. Danklou

Un autre facteur important de découragement, est l’effort de maintien. Personnellement, j’ai opté pour une coupe au raz du crâne, parce que c’est plus pratique et surtout parce que moins cher en ce qui concerne la maintenance! Je suis toujours choquée du budget requis aux Etats unis pour maintenir une coiffure considérée décente. J’ai une amie qui se défoule pendant les vacances chez elle à Lomé au Togo, en permutant ses tresses toutes les semaines, rien que pour compenser sa frustration de ne pouvoir se tresser régulièrement aux Etats Unis, étant donné le coût. Et ce n’est pas donné, que ce soit pour le défrisage ou les tresses. Le maintien des cheveux naturels demande de même un investissement non-négligeable. Malgré la disponibilité de la main d’œuvre et une multitude de gammes de produits, le budget coiffure reste donc conséquent dans les dépenses des femmes noires.

Dernier problème de taille, le manque de temps. A la différence des tresses qu’on peut garder jusqu’à 2 mois, voire plus selon les plus coriaces d’entre nous (avec le sacrifice d’une journée pour les faire), la contrainte des 30 minutes quotidiennes, matin et soir, qu’il faut consacrer aux cheveux naturels est bien réelle. Car il ne faut pas croire que parce que les cheveux sont naturels, on peut se permettre de les laisser pousser à leur gré, bien au contraire. Un soin particulier est d’autant plus requis pour celles d’entre nous qui vivons dans un climat non-adapté à l’épanouissement de nos cheveux. Par temps de température négative, les cheveux naturels cassent et tombent! Un effort surhumain est nécessaire pour les garder en vie. C’est le moment que certaines choisissent de se tresser en attendant le retour du beau temps. Pour celles qui en font un choix permanent, une gamme de produits adéquats s’impose. Il faut souffrir pour être belle, et encore plus pour de beaux cheveux naturels !

Voilà autant d’arguments à l’encontre du choix de cheveux naturels. Pourtant cette option reste accessible. Il est évident qu’un changement d’attitude et de mentalité est nécessaire. Tant pour celles qui souhaitent retourner aux sources, que pour d’autres qui n’y voient aucun intérêt, pour qu’il y ait compréhension mutuelle, sans regard accusatoire ni condamnation de part et d’autres. Chacune est libre d’adopter le style de coiffure qui lui convient le mieux. Une chose est certaine, l’utilisation constante des produits chimiques n’est pas sans conséquences. A en croire l’expérience de nos mères et grand-mères, les premières à les avoir expérimentés, les effets néfastes sont bien visibles. Alors qu’elles traversent cette phase déjà éprouvante qu’est la ménopause, beaucoup d’entre elles se retrouvent avec une chevelure affaiblie du fait du contact incessant avec les produits chimiques. Nul besoin de statistiques pour le constater, vous avez sûrement quelqu’un dans votre entourage qui pourrait en témoigner.

Voilà donc de quoi faire réfléchir. Une analyse que beaucoup semblent faire. A en croire les vidéos et échanges qui pullulent sur les réseaux sociaux, les adeptes de cheveux naturels augmentent de jour en jour. Chez nous au pays, comme partout ailleurs, les jeunes filles commencent à se laisser tenter. Espérons qu’elles tiendront et pourront ainsi banaliser la vague, et tétaniser l’engouement populaire pour les mèches artificielles de couleurs diverses! Seule l’augmentation du nombre de ces “courageuses” feront des cheveux naturels un choix classique, une norme, et non plus juste une mode ou un signe de revendication.

2 Commentaires

  1. Un retour au sources est indispensable. Et je crois qu’on devrait tous s’y mettre. Il n’y a pas que les cheveux, d’ailleurs. Le combat sera long.

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