Nature et Culture: l’Heure Africaine

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Crédit photo: D. Danklou

Je me souviens d’une visite de mon frère, sa femme et leurs 2 enfants, chez nous à Washington, il y a quelques années. Ils étaient de passage pour une dizaine de jours, et pour moi aussi s’agissant de vacances, il n’était pas question de me lever aux aurores pour les promener. Mais dès le premier jour, ma belle-soeur, française, s’est levée de bonne heure, de même que ses enfants, tous prêts à sortir à 9 heures comme convenu la veille. Mon frère lui toujours au lit, et moi à peine un oeil ouvert! Inutile de décrire la frustration de ma belle-soeur. qui devrait pourtant nous connaître, depuis toutes ces années qu’elle a rejoint notre clan!

Quelle est donc la cause de ce rapport ambigü que nous, togolais, maintenons avec une horloge? Je me limiterai aux togolais ici, mais le fait est bien répandu chez les africains, et s’étend même à d’autres cultures du “Sud”, où l’on constate la même nonchalance par rapport au facteur temps. Dès lors on peut essayer de déduire des explications en évoquant des faits communs à ces cultures.

Serait-ce dû au climat? Chaud pour la plupart, tropical et humide parfois, qui induirait peut-être une certaine léthargie. Mais comment expliquer alors que même par des températures hivernales, nos compatriotes de la diaspora affichent le même « décalage horaire », plus souvent, notons le quand-même, dans le cadre social que professionnel. S’il m’arrive rarement d’arriver en retard au travail ou pour un rendez-vous professionnel, il m’est souvent difficile de me discipliner quand il s’agit d’un engagement personnel. Dans le milieu togolais, le fait est tellement généralisé que certains événements sont annoncés pour une heure fictivement avancée, en général de 2 heures, sachant que bons nombres de participants n’arriveront jamais à l’heure indiquée. Même lorsqu’il s’agit d’organiser un événement de grande envergure, le fléau est bien répandu. Nous avons assisté à un concert à Washington où nous sommes arrivés à 23 heures pour une soirée qui devait commencer à 21h, et les chaises n’étaient pas encore toutes installées, et c’était en plein mois de décembre! Non, la chaleur n’expliquerait donc pas tout.

Autre fait commun alors, la constante bonne humeur! Cette joie de vivre qui conduirait peut-être à un certain “laissez-couler”, notamment du fait même qu’une fête, un concert, des retrouvailles entre amis, sont par essence organisés dans le but de se déstresser. Inutile donc d’y ajouter le stress du facteur temps. Mais bonne humeur ou non, nous arrivons à nous adapter dans notre vie de tous les jours, dans nos loisirs face, par exemple, aux horaires impardonnables des transports publics. Malgré le « flottement » que procure un départ en vacances, je suis bien obligée d’arrivée à l’aéroport à l’heure, avant de me retrouver effectivement dans les airs! Pourquoi donc cet écart de conduite lorsqu’il s’agit d’horaires dont nous sommes seuls « maîtres »?

Dernière hypothèse, peut-être est-ce dû à la générosité légendaire des peuples du Sud, qui inciterait à se donner soi-même trop de temps? Après tout, la charité bien ordonnée commence par soi-même! Pourtant là encore, nous ne rendons pas justice à tous. Car le temps est un bien commun, et il faudrait le gérer de façon plus rationnelle pour ne pas pénaliser notre entourage. Plus encore, pour nous habitants du monde “développé” il est d’autant plus essentiel de donner la place importante qu’est la mesure du temps, même dans les activités purement sociales. Nous vivons dans des milieus où nous côtoyons des communautés diverses, dont certains membres ont une conception toute autre de la valeur du temps. Nous devons donc faire un effort pour nous conformer dans la mesure du possible. Au delà de l’aspect accommodant de cette démarche, il y a un changement d’image qui ne peut être que bénéfique. Le stigma de “l’heure africaine” a eu son temps!

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