Malala et Le Prix du Futur

Crédit Photo: Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons
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Il y a un an, les rumeurs allaient bon train. La jeune Malala Yousafzai, victime des Talibans dans son Pakistan natal, devenue malgré elle un symbole mondial de courage et de détermination, était en tête de liste pour le prix Nobel de la Paix. Non seulement pour son activisme en faveur de l’éducation des jeunes filles, mais certainement aussi pour avoir esssayé de faire face aux extrémistes. A l’époque, après avoir subi maintes opérations chirurgicales dans un hôpital londonien, elle sortait enfin de l’ombre et faisait découvrir au Monde son visage changé , porteur d’espoir et témoignage de sa force de volonté, et de son courage. Les organismes internationaux se l’arrachaient. Je venais juste de la voir lors d’un discours au siège de la Banque Mondiale à Washington. Une jeune fille impressionnante!

Il n’était donc que suite logique qu’elle soit considérée pour le prix ultime de reconnaissance qu’est le Nobel de la Paix. Mais au bout du compte, la consécration n’eut pas lieu, comme si le comité d’élection s’était ressaisi à la dernière minute étant donné l’âge de Malala, 16 ans. Elle aurait sûrement le temps de faire ses preuves et de confirmer son mérite, au delà de son visage defiguré et de son parcours hors du commun.  Le prix 2013 est donc allé à un autre symbole des signes de notre temps, l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques. Mais ce n’était bien que partie remise, et un an plus tard les preuves sont donc faites. Malala s’est vu offerte la distinction qu’elle partage avec un ressortissant de l’Inde voisin, Kailash Satyarthi, militant également des droits des enfants. Une distinction conjointe qui dénote aussi l’effort du comité du Nobel d’encourager ainsi la coopération entre ces deux frères ennemis que sont l’Inde et le Pakistan.

Si le prix Nobel a connu diverses controverses au fil de près de 120 années d’existence (on se rappellera la perplexité de beaucoup à la la nomination du Président Obama, un an à peine après son arrivée à la Maison Blanche), il n’en reste pas moins une reconnaissance ultime de l’importance que le Lauréat a eu dans les affaires du Monde. Et de ce fait même, beaucoup des lauréats ont droit à cette reconnaissance tard dans la vie, comme une consécration pour un travail, une vie bien accomplie. Malala sera donc l’exception à 17 ans. Il n’aura pas fallu pour elle d’atteindre la force de l’âge, ou même la majorité, pour avoir droit à cette reconnaissance. Le prix Nobel de la Paix pour elle est donc un prix d’encouragement, un prix de l’avenir.

Certes, aujourd’hui Malala vit bien loin de sa vie ordinaire de jeune fille pakistanaise d’avant son attaque. Elle parcourt le monde pour donner des discours, visiter des écoles, rencontrer des chefs d’Etats (elle a déjà eu droit à une rencontre avec la Reine d’Angleterre!). Et pourtant la menace plane toujours sur elle. Le symbole que les Talibans ont fait d’elle, malgré eux, rend sa vie encore plus dangereuse. Elle ne pourra vraisemblablement plus retourner à sa vie d’antan. Et heureusement, car cette jeune fille a démontré tant de courage à nous toutes, jeunes et moins jeunes femmes. Elle représente un espoir pour toutes les femmes, surtout celles qui luttent au quotidien, chacune à sa façon, et doivent faire face à des violences verbales, physiques, et d’autres sortes. A travers Malala, nous savons qu’une d’entre nous a pu se faire entendre haut et fort, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Ce prix Nobel résonne donc en nous toutes. La vie n’offrira pas à toutes les jeunes filles courageuses un prix Nobel, mais le fait de savoir qu’une voix parmi elles a été entendue doit être célébrée.  Espérons que cette voix saura porter le message d’espoir loin dans le futur.

 

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