Aujourd’hui, On n’a plus le droit de mourir pour rien*

Crédit photo: Mereja.com
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Suicides en Méditerranée

Les images défilent sur ma page Facebook et sur les écrans de télévision, surréelles. Difficile de croire qu’il s’agit de scène de vie réelle, d’images en direct, et non tirées d’un film macabre. Tristesse, horreur, incrédulité, désarroi : tels sont les sentiments qui m’animent. Je m’empresse de partager quelques articles, d’en commenter quelques uns, d’exprimer mon émotion à mes proches. Je m’attelle à ces quelques lignes. Là s’arrêtera probablement mon action. Que faire d’autre que d’assister avec impuissance à cette tragédie humaine, amplifiant, qui est en train de se dérouler en mer Méditerranée? Lampedusa, cette enclave au nom romantique est désormais synonyme de suicides collectifs. A qui la faute ?

Nous sommes tous coupables.

Nous, qui agrémentons le mythe de l’immigration, solution miracle pour échapper aux problèmes du continent africain.

Nous, qui alimentons le rêve de confort et de réussite probable pour tous ceux qui oserait tenter l’aventure vers l’Ouest.

Nous qui, à chaque retour au pays, accoutrés de nos plus beaux habits et accessoires, certains achetés à crédit juste pour le voyage, dans nos belles voitures, sillonnons les rues en quête de regards admiratifs et envieux.

Nous, qui donnons l’impression à nos compatriotes sur place, que ce sont des biens acquis d’un claquement de doigt, et non par de courbements d’échines, des années de labeur, et d’échanges de coups de poing imaginaires avec l’administration dans nos pays d’accueil.

Nous, qui prenons de belles photos devant tel ou tel monument et inondons nos pages FB de ces moments éphémères, petites tranches heureuses d’une vie de fins de mois souvent difficiles.

Nous, qui ne comprenons pas tous ces gens, qui ont sûrement perdu la tête, et aussi le Nord bien avant d’embarquer, pour entreprendre une telle aventure, sachant les risques, et connaissant pourtant l’issue de la plupart de ces voyages.

Nous, qui regardons impassibles et tétanisés ces scènes d’horreur, sans savoir quelle direction donner à nos bonnes idées, à nos initiatives utopiques, ou à qui nous plaindre.

Nous, qui critiquons les efforts et solutions, aléatoires et désuets soit, qui sont mis à disposition.

Nous, qui sommes témoins involontaires de ce drame humain, qui attendons presqu’impatiemment qu’un nouvel épisode viennent alimenter l’actualité, et prouver nos arguments, pour que nous puissions en discuter et exprimer encore notre indignation.

Mea culpa, pour avoir commis au moins une de ces fautes, avec circonstances atténuantes.

Qu’on arrête de blâmer le printemps arabe pour le manque de suite dans les idées des instigateurs, qui ont balayé les despotes, laissant derrière un vide aride et des conflits sans fin. Qu’on arrête de blâmer Kadhafi et sa mort, pour le manque de contrôle des rives de la Méditerranée. Qu’on arrête de blâmer l’ONU et le HCR pour son manque de moyen face à une situation qui leur a échappé depuis bien longtemps. Qu’on arrête de blâmer l’Union européenne pour son manque d’enthousiasme devant un problème qui reste l’avant-dernier de ses soucis non-grecs. Qu’on arrête de blâmer l’Italie pour manque d’assistance à milliers de personnes en danger. Qu’on arrête enfin de retourner la question dans tous les sens pour trouver une réponse qui n’existe que dans les cœurs de tous ces gens qui ne demandent qu’a vivre, comme nous autres. Avec un peu de pain, et de chaleur humaine.

*Un bout de l’hymne des Restos du cœur, en imaginant une initiative similaire, panafricaine, ou que sais-je encore, pour faire face au fléau. Je suis une éternelle rêveuse, je le sais.

4 Commentaires

  1. Très belle analyse ma très chère, nous sommes tous coupables « quelque » part dans cette « affaire ». Arrêtons d’indexer les autres. Et nous?
    Merci, bien à toi. Bel article !
    Je partage ce cri de cœur…

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