A la Recherche du Poids Idéal

Balance-PoidsPlus que quelques jours avant nos vacances au pays! Anticipation et excitation sont au comble. A nous les bons petits plats de maman, les  retrouvailles en famille, les invitations à la chaîne, les Koliko-party (soirée entre amis pour manger des ignames frites), les pique-niques à la plage, les brochettes à gogo. Bref, ce sera le moment de se ressourcer, corps et âmes.

Evidemment, le dénominateur commun de toutes ces activités, c’est «manger et boire». Comme le veut la tradition en Afrique et dans la plupart des cultures du monde, les meilleures ambiances s’articulent autour d’un bon repas. Le retour au pays est souvent aussi l’occasion de prendre quelques kilos. Comme si je n’en avais pas déjà  assez! Car le seul hic dans l’anticipation de mes vacances au pays, c’est mon anxiété pour faire mes bagages. Non pas seulement par souci des excédents comme anticipé dans un texte précédent, mais aussi du fait de ne pas savoir quels vêtements emporter. Le choix ne manque pourtant pas, mais voilà, dans ma garde robe, il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Voici donc venu le moment de faire face à la réalité. Le moment tant redouté de faire le point, devant la crise, et prise, de poids.

Depuis bientôt vingt ans que je vis aux Etats-Unis, et la seule constante de toutes ces années c’est la courbe en zigzag de mon poids. S’il fallait traduire cette courbe en une équation il serait impossible de trouver un seul facteur X. Il y a l’alimentation, la sédentarité de mon travail, assise dans un bureau à longueur de journée, une première grossesse, le stress, le manque de temps pour faire du sport, une deuxième grossesse, un régime drastique, suivi d’une remontée en flèche. Bref vingt ans de lutte pour trouver un poids idéal, et c’est fatigant.

Il faut dire que je ne suis pas la seule dans ce combat. Nombres de compatriotes togolais, hommes et femmes, se plaignent du surpoids depuis leur arrivée en Amérique. Tous nous blâmons le régime alimentaire américain, tout en oubliant de préciser que personne ne nous a ouvert grand la bouche pour y engloutir hamburger et frites, pizza, ou glace à la vanille et au chocolat! Personnellement, je ne suis même pas accro de ce genre de nourriture, à part peut- être la glace à la vanille, et bien sur le chocolat.  Mais je reconnais une certaine indulgence devant certains pêchés mignons (fromage et vin) et l’ennemi public numéro 1, le grignotage, snacking comme on dit ici, qui est tout aussi dangereux que pizza et hamburgers.

De nos jours, notre diaspora compte un nombre conséquent de personnes obèses. Je n’ai pas de chiffres statistiques mais je veux bien croire que la moyenne serait comparable à celle de la population noire-américaine en général, même si nous n’avons pas les même extrêmes. Le pire c’est que nous ne nous en rendons souvent pas compte dans notre vie quotidienne, ou nous n’en faisons pas cas. En Amérique, les rondeurs font partie du paysage et ne choquent personne. Il faut sortir, aller à l’étranger pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts.

Crédit photo: docteurbonnebouffe.com

Crédit photo: docteurbonnebouffe.com

Pour moi, le premier « reality-check » a eu lieu il y a quelques années lors d’un séjour à Paris. D’abord à travers le regard interrogateur de vieux amis, parfois carrément incrédules, et quelques remarques ironiques du genre, « tu es devenue une vraie américaine ! ». Ensuite, en faisant les courses à Chatelet-Les Halles, où je me suis rendu compte que les tailles françaises ne correspondaient pas toujours aux tailles américaines, malgré les étiquettes internationales certifiant du contraire. Et bien sur le regard narquois des vendeuses dans certains magasins où je m’obstinais à vouloir tenter ma chance, qui devaient probablement se demander ce que je faisais là, étant donné la sélection proposée.

La deuxième prise de conscience a eu lieu au premier retour au pays, ou quelques piques sardoniques d’une de mes tantes ont fini par avoir raison de ma patience. J’en avais simplement assez des remarques « mais qu’est-ce que vous mangez en Amérique « ! J’ai donc fini par m’adapter, et développer une réaction à toute épreuve. J’ai trouvé un moyen de ne pas être affectée par tout commentaire ayant trait à mon poids. Et ça a marché. Très vite, mon entourage s’est lassé et m’a laissée en paix, seule face à ma conscience.

Ma conscience elle, ne me lâche pas. Entre elle et moi, c’est une lutte perpétuelle. Et tous les ans, début mai, on se retrouve dans le ring pour la bataille annuelle du régime avant le début de l’été. Elle me suit partout. Dans les barbecue, les cocktails, les happy hour, les week-ends à la plage. Elle me nargue dès que je prends la bouchée de trop, la troisième coupe de Margarita, dès que je croque dans la petite cerise sur le gâteau. Elle se fait aider par ma garde-robe que je n’ose pas ouvrir grand, de peur de voir les pantalons trop serrés me sauter à la figure.

Cette année, comme toutes celles de retour au pays, la lutte est peu plus subtile. Je me suis rangée du côté de ma conscience, contre les kilos. Impossible de rentrer au pays pour faire face aux commentaires d’antan. Ce serait le choc des chocs pour mes persécuteurs habituels. Alors qu’il y a deux ans je les avais laissés bouche bée au regard des résultats de mon régime drastique, je risquerais de leur causer une apoplexie dans l’état actuel de mon tour de hanche. Il en va non seulement de la sauvegarde de ma penderie et de mon porte-monnaie, mais également de la vie d’hommes et de femmes.

L’aspect humanitaire ne s’arrête pas là. Il en va aussi de ma propre santé. Tout humour dont j’use pour traiter de la question ne me fait pas oublier le risque le plus important : le potentiel de maladies liées au surpoids. Diabète et hypertension sont déjà courants dans ma famille, et l’obésité multiplie mes chances, j’en suis consciente. L’effort pour trouver un équilibre alimentaire reste donc une priorité dans ma vie d’aujourd’hui, et pour celle de demain. Je me suis donc remise activement au sport et après quelques semaines les résultats sont probants. Ouf, mon honneur et ma garde-robe sont saufs.

Je ne peux terminer sur ce sujet sans aborder les autres extrêmes dans la quête perpétuelle du poids idéal. Si je me rallie particulièrement à la cause toutes ces femmes qui luttent au quotidien avec leur frigidaire, leur garde-robe, leur balance, et leur conscience, pour maigrir, je pense aussi à celles qui prennent des médicaments pour grossir, ou livrent un combat de longue haleine contre la boulimie ou l’anorexie. La société nous persécute toutes, grosses ou maigres, à tous les coins de rue, dans les boutiques, dans les kiosques, à la télévision. On nous matraque d’images de la forme « idéale » comme si nous étions toutes génétiquement identiques. Ce n’est évidemment pas le cas et il ne faudrait pas céder à cette pression médiatique. La seule pression qui compte c’est la recherche de notre propre poids idéal. Celui qui nous convient du point de vue santé et bien-être mental. C’est un parcours du combattant, mais la bataille en vaut la peine.  Pour vivre heureux, pesons mieux.

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