Quand Beyoncé entre dans la danse

DSC07117Grande polémique cette semaine autour de la performance de Beyoncé au 50e Super Bowl le dimanche dernier. Le championnat de football américain, et la victoire des Denver Broncos, sont presque devenus secondaires dans la zizanie médiatique à propos du spectacle de Beyoncé pendant le show de la mi-temps.

Les outrages ont fusé de part et d’autre. Comment a-t-elle osé utiliser cette plateforme sportive pour faire passer un message politique, et prendre partie dans l’autre grande polémique du moment, les bavures policières aux Etats-Unis ? Comment a-t-elle osé invoquer le symbole des « Black Panthers »  pour véhiculer son soutien au mouvement « Black Lives Matter » ? Comment a-t-elle osé profiter de l’audience de près de 112 millions de spectateurs pour faire la promotion de sa prochaine tournée mondiale ? Comment a-t-elle osé voler la vedette à Chris Martin et son groupe Coldplay qui devait être l’attraction principale du spectacle? Beaucoup de questions, certaines pertinentes sans doute. La seule que je me suis posée : comment a-t-elle osé apparaître dans un tel accoutrement ?

L’habit ne fait pas le moine, on le dit, et surement pas dans le cas de Beyoncé. Son style de vamp est calculé pour accentuer le rôle de femme super sexy et sure d’elle qu’elle se veut jouer, mais ce n’est surement pas là le seul rôle qu’elle détient dans la société américaine. Jeune, femme, mère, noire-américaine, autant d’éléments qui auraient pu comporter un handicap dans son ascension artistique et sociale. Pourtant ce sont des éléments, alliés à son flair commercial,  dont elle a su user pour avancer tant dans sa carrière musicale que dans la gestion de son immense patrimoine. Nul doute, c’est une jeune femme pleine de talent (j’avoue que je ne suis pas une grande fan de sa musique), mais elle a surtout un excellent sens du business. Grâce à ses atouts, et au fait qu’elle soit mariée à Jay Z, un autre magnat du show business, elle tient une place de choix dans la pop culture américaine. Consciente de ce rôle, elle a voulu utiliser la plus grande audience à sa disposition pour faire entendre non seulement sa musique, mais également sa voix. On ne peut que l’en féliciter.

Seulement voilà, je me demande comment, en tant que mère d’une petite fille, elle ait pu trouver normal de se présenter dans un tel costume à un évènement où des enfants, et des jeunes hommes impressionnables, font partie de l’audience. Lorsqu’elle est apparue, mon fils de 10 ans a écarquillé les yeux, tourné la tête vers son petit frère, puis ils ont éclaté de rire, avant de se reprendre et de regarder dans ma direction. Le fou-rire s’est alors transformé en un ricanement gêné avec un regard incertain, comme pour s’assurer que ce n’était pas l’un de ces moments où il fallait fermer les yeux. Je n’avais émis aucun signal, comme c’est le cas parfois quand on regarde un film ensemble et je trouve une scène inappropriée pour leurs jeunes esprits. Cette fois je n’avais aucun signal, ni pour eux, ni pour moi.

Que fallait-il penser des bas résilles, combinés à la veste en cuir, le tout hautement suggestif d’une dominatrix. Tout de suite, je me suis précipitée sur les réseaux sociaux pour m’illuminer de la réaction d’autres amis-parents. Ouf je n’étais pas la seule sous le choc. La plupart des gens appréciaient ses talents acrobatiques et le duel de danse avec Bruno Mars, mais de sa prouesse vestimentaire, pas du tout convaincus. Elle n’est bien sûr pas la première à subir le courroux des spectateurs pour un relatif manque de tenue vestimentaire pendant le Super Bowl. On se rappellera de la malencontreuse aventure de Janet Jackson pendant le spectacle du Super Bowl en 2004. Si les collants de Beyoncé étaient un peu moins révélateurs, de l’avis général, elle avait choisi le mauvais costume de scène pour un tel évènement.

Comme il fallait s’y attendre, les médias ont vite pris les choses en main. Les articles pour ou contre la performance de Beyoncé ont commencé à défiler en boucle. Les détracteurs et les fans ont envahi la section des commentaires, et pendant ce temps Coldplay, qui était supposé être en tête d’affiche du spectacle, était maintenant loin dans les esprits. On en a même oublié Lady Gaga qui avait ouvert le show avec une superbe interprétation de l’hymne national. Il n’y en avait plus que pour Beyoncé. Le lendemain les hommes politiques s’en sont aussi mêlés, certains à coup de communiqué de presse dénonçant le caractère opportuniste de la performance de Beyoncé, et son manque de respect pour les forces de l’ordre.

Une fois de plus, Beyoncé aura fait parler d’elle à grand fracas, sans faire autre chose que ce qu’elle sait faire de mieux : chanter, danser, et choquer. Elle est venue se donner en spectacle et c’était une réussite totale, y compris la manière fantastique dont elle a rattrapé un faux pas de danse qui a failli lui faire perdre l’équilibre (qui sait, si elle était tombée, de quoi nous serions en train de parler aujourd’hui!). Sans aucun doute, Beyoncé a joué son rôle à perfection. Alors, nous autres aussi contentons-nous de jouer notre rôle et laissons la nature suivre son cours. Les fureurs et le choc passeront bien vite, jusqu’au prochain coup de pub de Beyoncé.

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