Plus les Choses Changent, Plus Elles se Ressemblent

Lupita_Obama1L’Amérique face à ses conflits raciaux, continue de se chercher, entre Barack et Lupita.

2014 aura bien été l’année de la remise en question de la question raciale aux Etats-Unis. Plus encore que celle de la liberté du port d’arme, la question des rapports entre noirs et blancs, et surtout entre jeunes noirs et représentants des forces de l’ordre, aura défrayé la chronique jusqu’aux derniers jours de l’année. Tout commence en 2012, avec George Zimmerman, patrouilleur de quartier blanc, zélé, qui a tiré, soi-disant en légitime défense, sur un jeune noir-américain, Trayvon Martin. L’issue de son procès en juillet 2013 provoque un tollé général. A peine remis de l’acquittement de Zimmerman, le public apprend la mort quelque peu suspecte de Michael Brown en Août 2014. Le décès de ce jeune noir, lui aussi abattu dans des circonstances assez floues, par un policier blanc, survient après celui d’Eric Garner en juillet. Ce père de famille noir, lui trouve la mort étouffé, alors qu’il était appréhendé par un policier blanc pour vente illicite de cigarettes. Ceux-là sont les cas les plus médiatisés, mais il en existe d’autres, passés presqu’inaperçus du grand public, et qui demandent autant de réflexion.

Ces cas se suivent et ne se ressemblent pas toujours, mais tous ont interpellé l’opinion publique américaine du fait de leur issue en justice, ou ce qui est perçu comme un manque de justice. Tous les inculpés dans ces cas, tous blancs, ont été acquittés. Alors dans toute l’Amérique les rues se sont remplies, de noirs mais pas seulement, qui crient leur colère face à cette injustice. Jeunes, vieux, noirs, blancs, tous protestent contre cette situation que beaucoup croyaient voir s’améliorer avec l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. Mais voilà, la Maison blanche est une maison sur terre, et non au Paradis, et Barack Obama n’est ni Dieu, ni même un demi-dieu, comme certains d’entre nous voulaient le croire le jour de son élection. Que de larmes avons-nous versées ce merveilleux jour de Novembre 2008 ! Dans les rues de parfaits inconnus se sont jetés dans les bras les uns des autres. Blancs et noirs ont connu l’extase, et tous ont porté ce nouveau messie très haut. Avec lui une nouvelle ère s’ouvrait, un nouveau monde allait prendre la place de l’ancien, où régnaient méfiance et tensions raciales. Comme pour un autre messie, on a commencé à parler d’un « BB » before Barack (avant Barack) et d’un « AB » after Barack (après Barack).

Mais très vite il a fallu se rendre à l’évidence. Barack est le fils de l’homme kenyan, un être en chair et en os, et sa place est bien sur terre, parmi nous. C’est un homme au destin incroyable soit. Il a su se saisir autant des opportunités, que tirer des leçons des déboires de sa vie d’homme métisse, se balançant entre sa culture blanche-américaine héritée de sa mère et sa peau noire héritée de son père. Mais un homme tout de même, avec ses défauts et ses faiblesses, ses états d’âme et ses limites. Il a donc fallu accepter que les choses n’allaient pas changer du jour au lendemain. Le débat sur la “race relation” post-Obama reste donc aussi difficile qu’auparavant. Cinquante ans après la Marche historique de Selma à Montgomery, et plus vingt ans après les émeutes en Californie, suite à la bavure policière dont Rodney King a été victime en 1991, on est encore loin de l’harmonie raciale et de l’égalité des couleurs. Le fait d’avoir un président noir n’a en rien arrangé de la distance qui existe entre les communautés de différentes races. Les “clusters” communautaires sont toujours visibles.

Il est vrai que le quota de couples mixes aux USA est bien en hausse de nos jours. Pourtant, la diversité raciale reste assez exclusive à certains milieux, plus visible notamment dans les milieux intellectuel ou affluent, où les gens semblent s’accepter plus facilement, en fonction du poids du cerveau ou du porte-feuille. On retrouve un certain mélange ethnique aussi au bas niveau de l’échelle sociale. Par exemple dans le Bronx à New York, les communautés noires, notamment africaines, et hispaniques s’entassent dans les logements à bas prix, et vivent en plus ou moins parfaite harmonie. Evidemment, le manque de moyen ne laisse pas beaucoup de choix, et dans le malheur on se sert les coudes ! Restent alors les classes moyennes de l’Amérique dite profonde, où la mixité des communautés est quasi-inexistante. Là, les blancs et les divers groupes ethniques se côtoient, sans jamais vraiment apprendre à se connaître, pour éventuellement se comprendre, et s’accepter. Snobisme ou simple xénophobie? Difficile à dire. Mais à en croire le débat houleux sur la question d’acceptation raciale ces derniers mois, exacerbé sans doute du fait de la couleur de peau des présents locataires de la Maison Blanche, il est clair que l’Amérique n’a pas encore fait la paix avec sa conscience.

N’en disconviennent certains de ses détracteurs de l’extrême droite, qui cherchent toujours à lui discréditer sa nationalité américaine, Barack Obama est bien le produit de cette Amérique, de plus en plus métissée, mais toujours stratifiée, et qui se cherche une nouvelle identité. Cette Amérique qui voudrait enfin passer à autre chose, au lieu de retrouver des séquelles de la ségrégation dans tout acte connoté de tension raciale. Celle qui voudrait oublier son lourd passé d’esclavagiste mais se le voit rappeler à chaque coin de rue, à chaque coup de force entre policier blanc et jeune noir. Celle qui cherche à faire la part des choses en matière de justice, mais ne trouve pas encore le juste milieu. Chaque incident semble lever le voile sur cette rancune qui existe entre blancs et noirs depuis l’époque ségrégationniste, qu’on voudrait croire révolue.

L’esclavage et la ségrégation raciale de son passé continuent donc de faire ombre sur cette terre, comme la trace d’une plaie difficile à cicatriser, malgré tous les grands remèdes utilisés. Une enquête récente montrait du doigt les grands studios de Hollywood, parmi les mauvais élèves des «equal opportunity employers », du fait de ne pas promouvoir un plus grand nombre d’acteurs noirs de haut niveau. Et pourtant c’est dans cette même année 2014 que Lupita Nyongo’o, jeune actrice novice, africaine de surcroît, s’est vue décernée un Oscar, pour son rôle dans 12 Years A Slave. Oui, encore l’esclavage ! Et coïncidence des coïncidences, c’est une demi-compatriote de Barack ! Qu’on en déduise ce qu’on voudra mais moi je ne crois pas beaucoup au hasard. Le destin, oui, j’y crois ! Voilà deux êtres qui en un rien de temps sont devenus des symboles pour tout un peuple, pour tout un monde. Barack et Lupita nous font rêver et nous donnent l’espoir d’un avenir racial meilleur, en jouant le beau rôle qui leur est destiné. Mais le destin de l’Amérique lui doit s’écrire et se jouer par plus de 300 millions d’acteurs.

Alors les américains se démènent pour se redéfinir, et enfin atteindre le moment où chacun, noir, blanc, métisse, ou autre immigrant, pourra se comporter sereinement, sans regarder de toutes parts, pour s’assurer de l’œil bienveillant de son voisin. Barack Obama aura fait de son mieux dans cet effort, et Lupita y aura donné un coup de pouce. Cependant, même si le monde s’est créé entre un homme et une femme, il faudra un plus grand nombre d’hommes et de femmes pour créer cette nouvelle conscience américaine. Il est évident que deux cents ans du rappel constant des vestiges de l’esclavage ne peuvent être enrayées par 6 ans dans une Maison Blanche, si puissante soit-elle, et encore moins par quelques semaines en couverture de Vogue ! Il faudra donner encore plus de temps au temps!

5 Commentaires

  1. le chemin est encore long, d’autant que de mon point de vue, les hautes élites américaines n’ont aucune envie de régler la question noire, il n’ont aucune envie de les voir débarquer dans leur olympe. comme dirait l’autre, pour ceux qui sont en bas, noirs surtout, ça va être un piège sans fin

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