Les Malheurs de « Papa Bonheur »

Crédit photo : donaldmatlack.deviantart.com
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Depuis quelques mois, Bill Cosby est dans le collimateur de la presse américaine. Acteur de renommée internationale, il est connu notamment pour son interprétation iconique de Cliff Huxtable dans le Cosby Show. Dans ce rôle, il était papa attentif, mais sévère au besoin, mari charmeur et complice, fils dévoué, et plus tard grand-père « gaga ». Bref le « Papa Bonheur », comme était intitulée la série dans le monde francophone. Aujourd’hui, Bill Cosby est en pleine chute vertigineuse de son piédestal d’homme modèle, entraînant avec lui tous nos fantasmes.

Dans les années 80-90, Bill Cosby à travers son rôle dans le Cosby Show représentait l’homme-papa idéal, celui dont tout le monde rêvait. Un personnage noir non-agressif « positif » et politiquement correct, dans ces temps de relatives tensions raciales, et dont le succès de sa famille à l’écran donnait envie et espoir tant aux noirs qu’aux blancs. Même moi, jeune fille crédule au Togo, j’imaginais ma vie et mon futur domicile à New York presque comme la sienne, et non le studio pour 4 où j’aurai finalement atterri !

Dans la vie réelle, Bill Cosby était aussi connu pour sa générosité philanthropique, et dans la continuité de son personnage populaire à l’écran, il était très apprécié de la plupart des Américains. Au fil des ans, il avait rejoint le Panthéon des grandes stars hollywoodiennes, et son opinion comptait. D’où les controverses suscitées par ses prises de position, pas toujours conformes à la norme dans la communauté noire. Il y a quelques années il avait soulevé la colère de beaucoup de jeunes noirs qui n’avaient pas apprécié d’être traités d’irresponsables par quelqu’un qui, selon eux, ne connaissait rien de leur réalité quotidienne.

Autre controverse, plus sérieuse, celle des affaires d’agression sexuelle dont il est accusé depuis plusieurs années. Aux États-Unis on est bien sûr habitué aux scandales médiatiques, que ce soit à Hollywood ou au plus haut niveau de la sphère politique. On se rappellera de celui de Clarence Thomas, juge noir de la Cour Suprême accusé d’harcèlement sexuel par une ancienne collègue, Anita Hill, ou de l’affaire de Bill Clinton et Monica (consentante, il sera dit), ou encore de celle de l’ancien Gouverneur de New York, Elliott Spitzer; et nombres d’autres éclaboussant diverses personnalités publiques. L’affaire de M. Cosby n’était donc qu’une de plus dans le lot. Pourtant, le linge sale de M. Cosby n’avait jamais vraiment été lavé jusqu’ici. Et la presse américaine ne l’entendait pas ainsi! Elle attendait le moment opportun pour le ressortir.

Il aura fallu qu’au cours d’une interview avec la Radio NPR, Bill Cosby refuse de revenir sur une de ces accusations, pour que les suspicions sur sa culpabilité reprennent le devant de la scène, poussant dans un fossé le sujet de l’interview, qui était de promouvoir un geste charitable de M. Cosby et de son épouse Camille. Depuis lors, les chaînes de télés abondent d’interviews d’anciennes victimes, d’experts en cas de viols, de psychologues, et d’autres têtes pensantes spécialistes en scandales du genre. On peut se demander dans quel but. Pourquoi remuer encore ces affaires et faire vivre de tels moments à un vieillard de 77 ans en fin de carrière, et surtout à ses victimes? Comment toutes ces femmes ont-elles pu rester dans l’ombre tout ce temps, pour venir seulement témoigner aujourd’hui à la télévision ?

Et bien parce que la loi du plus fort n’est pas la meilleure, quand il s’agit des médias américains. La liberté de presse, à laquelle tant de peuples aspirent sous d’autres cieux, a un prix et il se paie cher aux USA, pour toute personne, quelle que soit sa notoriété. Le prix de ne jamais échapper à la justice des hommes et femmes de presse, quelle que soit la somme payée pour soulager sa conscience, et fuir la justice des hommes. Qu’importe le nombre d’années, un jour ou l’autre le public, avec l’aide de la presse, fera son procès, là où la justice n’aura pas pu le faire. Je me souviens du cas de Michael Jackson qui fût adulé, puis détesté, puis aimé encore un peu, puis ridiculisé et répudié, tel un yoyo à la merci de la presse. Au bout du compte on n’aura jamais pu clairement établir sa culpabilité dans les multiples accusations de pédophilies. Mais ne dit-on pas qu’il n’y a jamais de fumée sans feu?

Il suffit donc d’une étincelle pour que le feu du pêché non absout se rallume, et qu’on se retrouve catapulté devant une proie qu’on aurait voulu effacer de son tableau de chasse. Bill Cosby, comme tant d’autres avant lui, doit donc faire face à son palmarès. Malgré la déception que nous éprouvons tous, il va nous falloir aussi faire face à la réalité. Sans surprise, son lot de supporters, dont l’actrice Whoopi Goldberg en chef de fil, semble s’amenuiser au fur et à mesure des nouvelles révélations et détails sordides qui viennent renflouer l’hypothèse de sa culpabilité. Difficile de savoir s’il existe suffisamment d’éléments pour l’emmener enfin devant la justice. Même si peu de doutes subsistent encore, le verdict restera peut-être entre lui, sa conscience, et ses victimes. L’histoire nous confirmera les faits, ou non. Mais si on en croit l’expérience de Michael Jackson, seule la mort un jour délivrera M. Cosby de ce scandale, avec à la clé la possibilité pour tous ses pêchés d’être pardonnés par le public, à titre posthume. Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir, mais dans le cas de Bill Cosby, la mort semble en offrir autant.

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