Mais qu’est-ce qui fait courir Hillary ?

De première dame à première femme, il faut le faire!

Bientôt 2016. L’année où la candidature d’Hillary Clinton sera consacrée, ou finira en fumée. Dans le dernier cas, je n’ose penser à l’une des alternatives, furtivement envisagée dans un billet récemment. Donald Trump président, on en est encore loin, et on croise les doigts, mains et pieds. Même si les performances de Madame Clinton dans les premiers débats restent mitigées, même si son adversaire primaire, le coriace Bernie Sanders a le vent en poupe, je garde espoir. Je reste sur mes positions, parce qu’Hillary a tout ce qu’il faut. Je le disais déjà il y a quelques mois de cela.

A ce moment-là, alors qu’on attendait l’annonce officielle de sa candidature, les médias passaient en boucle les tranches de certains discours d’Hillary Clinton, et pour une énième fois décortiquaient les chances et les problèmes potentiels que la candidate Clinton numéro 2 pourrait rencontrer au cours de la campagne présidentielle. J’écoutais une de ces analyses un matin en allant déposer les enfants à l’école. Mon fils de neuf ans s’exclama alors : « Maman, Hillary Clinton veut juste être présidente pour qu’on dise qu’elle est la première femme présidente des Etats-Unis ! »

Interloquée, je le regarde, pas vraiment surprise de la remarque, juste de sa teneur. Mon fils est plutôt perspicace et s’intéresse aux faits politiques, un peu malgré lui, forcé qu’il est de subir ma religieuse écoute de la radio NPR tous les matins. Je ne m’attendais tout de même pas à cette déclaration, un tantinet misogyne. « Et alors ? » Je lui réponds finalement. « Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça » Et d’ailleurs ce n’est pas vrai, ce n’est pas pour ça » (en gardant bien le « que » pour moi). La vérité sort de la bouche des enfants dit-on souvent. Mais pas toujours. J’ai donc récriée avec irritation pour finir, « arrête de dire n’importe quoi ! » Et de rapidement couper court à toutes discussions en lui disant de se préparer à sortir de la voiture.

En fait j’étais un peu vexée que mon fils que je m’efforce d’éduquer dans le respect de tous, et particulièrement de la gente féminine, puisse me lancer une telle énormité. Il n’a que neuf ans bien sur, et ne comprends pas le poids de la remarque. Mais si un enfant de neuf ans pouvait si naturellement énoncer ce fait, d’ailleurs probablement entendu au hasard de nos écoutes radiophoniques, il m’avait aussi rappelé combien d’autres adultes plus avertis en faisaient autant. De milliers si on en croit les échanges houleux sur les réseaux sociaux, qui ne voient en cette candidature qu’un signe d’orgueil. Les commentaires de ses nombreux détracteurs, qui n’étaient pas subtils avant l’annonce, ont repris avec un nouveau regain de dédain, depuis l’officialisation de la candidature d’Hillary Clinton à la Présidence des Etats-Unis.

Le dicton est bien connu : derrière chaque grand homme, se cache une femme. Fait plus rare, c’est lorsque la femme dans l’ombre décide d’emboîter le pas à son homme pour éventuellement passer devant. Quelques-unes ont réussi à travers l’histoire, notamment dans le milieu politique. Plus proche de nous, l’exemple qui vient à l’esprit est celui de Christina Fernández de Kirshner. On se gardera de juger les soubresauts de son dernier mandat, et de simplement admirer ses prouesses à la tête de l’Argentine. D’autres femmes, ont essayé avec moindre succès, on se rappelle de Ségolène Royal ; d’autres en rêvent peut-être, secrètement ou non, telles les velléités absurdes de Grace Mugabe, dont on se passera des détails. Qu’en sera-t-il de la seconde candidature d’Hillary Clinton ?

A en juger par les opinions partagées, le chemin pour rentrer dans le coeur des électeurs reste ardueux. Il faut dire que les Clinton ont toujours alimenté et agrémenté une relation de « love-hate » avec le public américain. Autant on adore Bill Clinton, le Président, autant on fustige Bill Clinton, l’homme de l’Affaire Lewinski. Autant on compatit avec Hillary Clinton de l’Affaire Lewinski, autant on est énervé par ce qu’on imagine comme son tempérament de femme ambitieuse et calculatrice. Je n’ai pas toujours été une fan d’Hillary. Comme beaucoup de femmes à l’epoque de l’affaire Monica Lewinski, j’étais revoltée et ne comprenait pas la façon stoïque dont Hillary avait semblé prendre les choses. Où étaient son temperament de battante face à la Presse, ou même les chaudes larmes escomptées ? A la place, juste le sourire figé et les yeux dissimulés derrière des lunettes noires. Armées de ces lunettes, comme dans une scène de Men In Black, elle a presque effacé cet épisode de notre mémoire, quand elle est réapparue sur la scène politique en tant que Sénatrice de New York. Et j’ai commencé à l’admirer.

Quelques années plus tard, on la retrouve, usant des coudées franches pendant sa première campagne présidentielle face au jeune Obama. Evidemment, comme beaucoup, j’étais sous le charme de Barack, et moins impressionnée à l’idée d’une première femme présidente des Etats-Unis. Sept ans plus tard, nous voici face à une nouvelle Hillary, plus expérimentée, nouvellement grand-mère, vieillie mais ragaillardie, et espérons-le, grandie par sa première expérience et les leçons de ses erreurs passées. Bonne perdante, elle a su convaincre de sa bonne foi, en acceptant de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, en s’alliant à Barack Obama.

Autant de raisons pour lui donner une nouvelle chance. Si elle venait à gagner, Hillary serait la première femme présidente des Etats-Unis et comme on dit ici, ce serait un « big deal ». Ce serait tout autant historique que l’élection de Barack Obama, même si le fait serait peut-être un peu moins excitant dans le reste du monde. Hillary Clinton, ne serait pas la première femme à la tête d’une démocratie. Angela Merkel a fait ses preuves, Park Geun-hye en Corée du Sud est entrée dans l’histoire, et chez nous en Afrique, Ellen Johnson Sirleaf fait du mieux qu’elle peut. Il y a aussi Michelle Bachelet et ses 2 mandats intercallés, et bien sur Christina Kirshner citée plus haut, qui aura eu l’honneur d’être la première, première dame présidente, près de 40 ans après sa compatriote, Eva Perón, la première femme présidente au monde. Hillary première, première dame-présidente des Etats-Unis serait un exploit historique bien sur, mais ce ne serait pas son seul exploit.

Crédit photo: LAB.co.uk

Crédit photo: LAB.co.uk

Comme toutes ses congénères politiques, c’est une femme intelligente, brillante, et pleine de caractère. Elle est sans doute la plus téméraire et la plus résiliente. C’est une femme de poigne, qui a su pardonner l’impardonnable, et garder la tête haute envers et contre tout. Elle a parcouru le monde en tant que Secrétaire d’Etat, et rencontré des chefs d’Etats, des têtes couronnées, quelques dictateurs et apprentis démocrates (parfois leur tirant les oreilles tout en serrant leur main avec un grand sourire, dit-on).

Elle a su faire face aux ennemis dehors, comme à l’intérieur des terres, notamment au Congrès américain. Elle a fait du tailleur-pantalon un classique dans la garde-robe des femmes de pouvoir, symbole de sa confiance en soi, face aux divers plafonds et barrières qu’elle a anéantis en tant que femme-précurseur. Elle a surtout su rester simple. Je l’ai entendue en direct lors d’une allocution dans notre institution, et je suis tombée définitivement sous son charme. Hillary Clinton est une championne de la cause des femmes, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde.

Elle a commis l’erreur dans sa première tentative de vouloir combattre les hommes sur leur propre terrain, en évitant de trop jouer la carte féminine. Selon les experts, c’est une erreur qu’elle ne va pas répéter ce coup-ci. Je l’espère de tout cœur. Car c’est bien là un atout majeur. C’est une femme battante qui doit servir d’exemple, une femme qui mérite estime et votes. Ce vote, je n’y ai pas droit, mais ce que je pourrais lui offrir, dès aujourd’hui si je la croisais, ce serait ma totale admiration, et le droit de pincer un petit bout d’oreille de mon fils.

 

*Rappelez-vous d’une publicité des années 80 en France, quand Bernard Tapie avait meilleure pub.

15 Commentaires

  1.  » « Maman, Hillary Clinton veut juste être présidente pour qu’on dise qu’elle est la première femme présidente des Etats-Unis ! »
    Je ne m’attendais tout de même pas à cette déclaration, un tantinet misogyne. « Et alors ? » Je lui réponds finalement. « Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça »  »
    Qu’est-ce qu’il y a de mal en ça? Je réponds: elle pense plus à son CV qu’à l’intérêt collectif. Les spécialistes du couple Clinton s’accordent dire que leur mariage est un mariage de raison, que le long de leur carrière, ils ont accumulé des dossiers sur plusieurs hommes politiques du pays (une espèce de liste noire), j’ai oublié ici la référence mais l’auteur est blogueur sur Rue89 aussi…
    Je ne comparerais pas si vite Hilary à Merkel, Kirchner ou Rousseff… je pense qu’il manque à la démocrate le sens de l’alterité, avec elle, on sait que les rapports entre les USA et le monde vont empirer… ce n’est pas pour rien qu’Obama l’a dégagé, elle cherchait à saboter les négociations avec l’Iran , entre autres. 🙂

    1. Ah je savais bien que j’en oubliais une, Dilma, bien sur! Merci de le rappeler. Mais franchement Serge je dois insister Hillary fait bien partie de leur lot. Elle en a le potentiel, mais elle n’est pas parfaite, c’est sur. Aucune de ses congénères ne l’est (tu le sais bien :)). Je reconnais son ambition sans mesure et ses jeux de coude politique mais c’est le jeu. Je le reconnais d’ailleurs dans le texte, dans la phrase qui suit la question (« en gardant le que pour moi-meme). La politique n’est pas pour les faibles et s’il faut une femme au pouvoir ici, il n’y a pas photo avec Carly Fiorina, et s’il faut n’importe qui, surement pas le clown Trump 🙂

    2. Tout à fait d’accord avec Serge, le souci avec Hillary, ce n’est pas son sexe (c’est le cadet des soucis), il faut que le public américain soit très infantilisé (comme partout ailleurs?) pour réduire le sujet à ça.
      C’est ça le souci
      « Les spécialistes du couple Clinton s’accordent dire que leur mariage est un mariage de raison, que le long de leur carrière, ils ont accumulé des dossiers sur plusieurs hommes politiques du pays (une espèce de liste noire), j’ai oublié ici la référence mais l’auteur est blogueur sur Rue89 aussi… »

      1. Ah la la, le blogueur de Rue89 n’a qu’à garder son opinion et cette affaire de liste noire. D’ailleurs, tout le monde a une liste noire, et toi et Serge prenez garde à ne pas entrer sur la mienne… lol. Merci du passage et meilleurs voeux!

  2. Après avoir été first lady, elle souhaite devenir la première femme présidente des Usa. Avouons que ça sera quelque chose de vraiment extraordinaire si elle arrive au bout de son ambition. Elle sera définitivement « rentrée dans l’histoire » pour parler comme quelqu’un

  3. Je comprends pas pourquoi en Hillary, les gens voient la femme au lieu de voir le Faucon, car c’est un faucon pur et dur. Mon souci avec elle, c’est qu’en plus d’être aussi machiavélique qu’elle n’est brillante et bosseuse (car elle l’est!), c’est une wilsonnienne pure et dure; dans la logique quasi messianique et belliciste du « America is back »
    Tout ceci étant dit, tu peux je crois être tranquille, sauf surprise, qu’elle va passer. On en a brièvement parlé à Dakar, et selon moi, sauf grosse grosse surprise: « Are you Ready for Hillary » ??? 😀

      1. Non, elle peut, c’est sûr! Je la vois déjà changer la tapisserie à la maison blanche. (et J’avoue, j’avoue: à minima, il est possible que certains de ses « défauts » auraient été plus « acceptés » si ça a avait été un homme…comme quoi!)

  4. Hillary est une femme tres ambitieuse c’est clair.libre au peuple americain de l’aider a rajouter la colonne « presidente des USA » a son cv.
    je ne cependant pas daccord avec serge quand il dit qu’Obama l’a dégagée.
    En acceptant de travailler avec Obama,elle avait prévenue qu’elle ne continuerait pas en cas de réelection de ce dernier pour un second mandat.
    Raison pour laquelle sa non-reconduction n’etait pas une surprise.ele avait prevenue,on le savait.
    Encore que quelques mois avant son depart, elle avait soutenue Obama, en faisant volte-face dans l’assassinat de l’ambassadeur anericain en lybie.
    Obama n’a pas dégagé Hillary, elle est partie!
    bele analyse grande soeur.
    courage!

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