Hercule Poirot, Mon Amour

Il y a 40 ans, le 12 janvier 1976, Agatha Christie nous quittait. La reine du suspense a offert au monde une oeuvre immense, véritable trésor pour les amoureux des romans à intrigues, et surtout, son plus célèbre héros.

Son nom est Poirot. Hercule Poirot. Il n’a rien d’un James Bond, d’un Jason Bourne, ou d’un Jack Bauer. Et pourtant, ce bon vieux Poirot, c’est bien lui l’agent de mon cœur. Non, non je n’exagère pas, si je n’étais pas mariée, je dirais qu’Hercule Poirot c’est comme l’homme de ma vie. Depuis toute jeune, je suis à sa merci.

Vous l’aurez compris, je suis une fan d’Agatha Christie. J’ai lu presque tous ses ouvrages, dernier en date, découvert il y a quelques mois,  La nuit qui n’en finit pas. Grande surprise et petite déception de n’y retrouver aucun de ses héros habituels. Le livre en a du coup perdu un peu de sa saveur, malgré le plaisir de tomber sur un livre d’Agatha Christie que je n’avais pas encore lu. Il n’y avait pas de Miss Marple, ou de Tommy et Tuppence, et surtout, rien de mon cher Hercule Poirot. Mon engouement pour les autres héros d’Agatha Christie n’a jamais atteint le même degré, le niveau de culte, que celui que j’ai pour Poirot. Aucun d’eux n’a réussi à me tenir en haleine autant que Poirot.

Mon histoire avec Hercule Poirot remonte à très loin. J’avais probablement 13 ou 14 ans quand j’ai lu le premier ouvrage. Je me rappelle de « Mort sur le Nil ». J’en ai encore des sueurs froides. A l’époque la jeune fille à l’imagination fertile que j’étais, vivait les scènes de meurtre, calfeutrée dans son lit, sous sa couette. Je suivais Poirot dans tous ses mouvements, depuis l’ombre de ma chambre, en tremblant. Je n’étais délivrée de la transe que lorsque le suspense trouvait son apothéose, lisant parfois jusqu’au petit matin. Quand Poirot, enfin, comme par magie, révélait le coupable, celui que personne n’imaginait. Que d’intrigues avons-nous résolu ensemble! Que de moments avons-nous partagé !

Il a traversé avec moi mes crises d’adolescence. Il était là quand j’avais besoin de lui, après des déboires, ou juste pour me détendre en temps de stress. Il était aussi là, enfoui dans la pile de mes livres fétiches, quand je ne pensais plus trop à lui, quand je commençais à vivre mes coups de coeur réels. Pendant mes études, discret, il a su laisser la place aux ouvrages imposés, et à d’autres amours, les héros de la littérature classique. Plus tard il est revenu dans ma vie, quand j’avais un peu de temps libre, ou pendant mes deux congés de maternité, quand je devais me réveiller en pleine nuit pour ne plus retrouver le sommeil. Depuis plus de 30 ans, Poirot a toujours été là, à portée de main.

Evidemment, j’ai lu toute la collection, certaines aventures à plusieurs reprises. Entre temps je suis passée des livres aux super-productions de Hollywood, aux téléfilms, et multiples séries télévisées. Je les traque tous, pour juger, et comparer avec l’ouvrage, en critique experte de Poirot. La dernière série britannique en date a pour acteur dans le rôle de Poirot, David Suchet. Celui-ci pour moi incarne Poirot tel que je l’imaginais dans mes rêves. Avant lui, celui qui s’y rapprochait le plus selon moi, c’était Peter Ustinov, mais David Suchet lui a ravi sa place, indéniablement. Peter Ustinov me semblait parfois trop confus et extravagant pour le rôle. Tandis que David Suchet lui combine juste ce qu’il faut de maniérisme et de discrétion, et la dose parfaite d’arrogance et de flair. Depuis lors je suis régulièrement la série, et je repasse mes épisodes préférés, dès qu’un moment creux me le permet.

Je ne me lasse jamais d’un film de Poirot. Quand j’ai eu mon Kindle, le premier film que j’ai telechargé c’était Le Crime de l’Orient Express. Et je l’avais déjà vu deux fois! Ma famille a dû se résigner à ne plus faire compétition avec Poirot. Lorsque je regarde un film, mes enfants s’assurent de savoir ce que c’est, avant de s’approcher. Si jamais l’un deux reconnaissait la silhouette familière, la tete ovoïde, alors il s’écriera « oh, c’est Poirot ». C’est le mot de passe pour me laisser tranquille, en paix. Ils savent qu’ils ne peuvent rien obtenir de moi à ce moment là. Ils ont compris que mon amour était sans limite, et rien ni personne ne pourra jamais nous séparer. Mon conjoint en est même un peu jaloux, sans l’avouer.

Mon amour pour Poirot est sans limite car je lui dois beaucoup. Dès mon jeune âge, je me jetais toute entière dans ses péripéties qui ont ouvert mon imagination, et m’ont fait découvrir un monde au delà de notre HLM en banlieue parisienne. C’est à travers ses aventures que j’ai connu Londres et la campagne anglaise, bien avant d’avoir mis les pieds en Grande Bretagne, et que j’ai aimé la culture anglo-saxonne, avant de la découvrir pour de vrai (il n’y est sans doute pas pour rien dans mon goût inconditionnel pour le thé !). Ah Poirot, quand pourrais-je me libérer de ton pouvoir ?

Jamais ! Car je ne veux pas m’en aguerrir. Au contraire, j’aurais voulu qu’un trou de mémoire me fasse oublier toutes les affaires que ne nous avons résolues ensemble, pour que je puisse encore les revivre comme si c’était la première fois. Mais la vie n’est pas ainsi faite, et comme pour tout vieil amour, il faut un effort pour maintenir la flamme incandescente. Et c’est ce à quoi je m’attelle, de temps en temps, comme tout dernièrement. Le week end dernier, pendant le calme d’après les fêtes de fin d’année, je suis retournée à sa rencontre. Et je lui ai encore sacrifié une nuit blanche. Il m’a tenu éveillée, tournée dans tous les sens, corps et âme, alors que je connaissais parfaitement l’issue de l’affaire. Je savais qui était le coupable, en l’occurrence la coupable dans « Les Cinq Petits Cochons », mais malgré tout, je me suis laissée emporter.

Ma relation avec Poirot a forgé une part importante de mon caractère, et je ne peux que dire merci à la grande Agatha Christie de lui avoir donné vie. C’est elle qui a aiguisé mon goût pour la lecture des romans à suspense d’abord, pour la littérature en général ensuite, et pour l’écriture. C’est aussi à travers Poirot, que j’ai développé une passion pour les séries de détective britanniques. Les classiques comme Sherlock Holmes, mais pas seulement. Il y a quelques années, je suis tombée sous le charme de l’Inspecteur Morse et de l’Inspecteur Lewis, deux de mes détectives préférés des temps modernes. Comme Poirot, ils ont leur méthodes simples, réfléchies, et sans grand fracas. Pour le reste, les Bond, Bourne et consort, ce ne sont que des flirts de passage. Tous sont passés dans mon cœur à un moment ou à un autre, mais seul Poirot y est resté à jamais.

7 Commentaires

  1. J’adore Agatha Christie en général, miss Marple, Hercule P.
    Récemment donc, j’ai vu le film « Le crime de l’Orient Express », très conseillé… on voit que c’est de lui que l’acteur de la série s’inspire pour jouer Hercule Poirot.

  2. Ha, tu m’ôtes les mots de la bouche!
    J’ai lu toute la collection (évidemment) et pour moi, David Suchet représente le parfait et l’unique Hercule Poirot. Je ne compte plus les heures que j’ai passées sur Youtube à regarder la série 🙂

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