Drames en Méditerranée : à quand la fin, à qui la faute?

Les images ont défilé sur l’écran, surréelles. Difficile de croire qu’il s’agissait là de scènes réelles, et non tirées d’un film macabre. Le bateau transportant des centaines de migrants africains, chavirant puis basculant, pour se retrouver coque en l’air, avec tous ses occupants jetés à la mer. Les plus chanceux seront secourus; beaucoup d’autres ne s’en sortiront pas. Horreur, incrédulité, tristesse : tels sont les sentiments qui m’animent. Je me suis empressée de me connecter sur les réseaux sociaux pour essayer de comprendre les circonstances, partager quelques articles, en commenter quelques uns, exprimer mon émotion. Puis, je me suis attelée à ces quelques lignes. Là s’arrêtera probablement mon action.

Que faire d’autre que d’assister avec impuissance à cette nouvelle tragédie humaine? Une de plus, de ces tentatives suicidaires qui se déroulent régulièrement en mer Méditerranée. Une fois de plus, on critiquera les armateurs de ces bateaux de la mort, et les passeurs cupides, qui profitent de la détresse des migrants. Les regards accusateurs se tourneront aussi vers les gouvernants de ces pays en guerre ou en crise, incapables de contenir leurs citoyens. Pourtant, chacun de nous y trouverait une part de responsabilité.

Nous, qui agrémentons le mythe de l’immigration comme solution miracle pour échapper aux difficultés socio-économiques du continent africain.

Nous, qui alimentons le rêve de confort et de réussite probable pour tous ceux qui oseraient tenter l’aventure vers l’Ouest.

Nous qui, à chaque retour au pays, accoutrés de nos plus beaux habits et accessoires, certains achetés à crédit juste pour le voyage, dans nos belles voitures, sillonnons les rues en quête de regards admiratifs et envieux.

Nous, qui donnons l’impression à nos compatriotes sur place, que ce sont des biens acquis d’un claquement de doigt, et non par de courbements d’échines, des années de labeur, et d’échanges de coups de poing virtuels avec l’administration dans nos pays d’accueil.

Nous, qui prenons mille et une pauses devant tel ou tel monument et inondons les réseaux sociaux de ces moments éphémères, petites tranches heureuses d’une vie de fins de mois souvent difficiles.

Nous, qui regardons ces scènes d’horreur, tétanisés,  sans savoir quelle direction donner à nos idées et initiatives utopiques.

Nous, qui ne comprenons pas tous ces gens, qui ont sûrement perdu la tête pour entreprendre une telle aventure, sachant les risques, et connaissant pourtant l’issue de nombre de ces voyages.

Nous, qui critiquons les efforts et solutions, aléatoires, soit, qui sont mis en place.

Nous, qui sommes témoins involontaires de ce drame humain, qui attendons qu’un nouvel épisode viennent alimenter l’actualité, et prouver nos arguments, pour que nous puissions en discuter et exprimer encore notre indignation.

Les responsabilités sont donc partagées. Qu’on arrête d’accuser tous ces dirigeants incapables de trouver un remède aux crises économiques et politiques. Qu’on arrête de blâmer le printemps arabe, pour le manque de suite dans les idées des instigateurs qui ont balayé les despotes, laissant derrière un vide aride et des conflits sans fin. Qu’on arrête de critiquer l’ONU et le HCR pour son manque de moyen face à une situation qui leur a échappé depuis bien longtemps. Qu’on arrête de pointer du doigt l’Union Européenne pour son manque d’enthousiasme devant un problème qui reste l’avant-dernier de ses soucis non-grecs. Qu’on arrête enfin de retourner la question dans tous les sens pour trouver une réponse qui finalement n’existe que dans les cœurs de tous ces gens, qui cherchent comme nous autres, une vie meilleure. Tant qu’il y aura des illusions, il y aura des victimes.

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