Vous aimez les surprises ? Bienvenue en Amérique !

(c) 2006 Bonnie Jacobs

La nuit électorale du 8 novembre 2016, on s’en souviendra longtemps. La surprise de la victoire de Donald Trump a envoyé une onde de choc dans le monde entier. Je suis triste, bien sûr, pour l’occasion manquée d’une première femme présidente aux Etas-Unis. Mais je suis aussi soulagée. Au moins maintenant, les élections sont derrière nous. C’était une épreuve de longue haleine, avec des hauts, des bas, et des bassesses (vous pourrez en revivre certains, si vous en avez le courage, à travers mes quelques billets d’états d’âme). Aujourd’hui c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, l’ère Trump.

Donald Trump, président, qui l’aurait cru ? Dur à concevoir après les huit ans de la présidence d’un homme de la classe d’Obama. Je n’en dirai pas plus, pour l’instant. Au lieu de vouloir prédire l’avenir, et de spéculer sur ce que beaucoup escomptent seront des temps difficiles, je vais plutôt retourner en arrière, et refléter sur l’apprentissage que j’ai fait dans cette grande épreuve de la démocratie américaine.

L’Amérique clame la différence, mais veut faire comme tout le monde

C’est vrai, ici tout est différent. La taille des maisons, des voitures, des bouteilles de jus de fruit. Tout est grand, beaucoup de choses sont à l’opposé du reste du monde. On ne compose pas « 00 » pour appeler l’international (011), on ne célèbre pas la fête du travail le 1er mai (premier lundi de septembre). Bref, on aime faire les choses autrement. La diversité et la différence est une richesse, dit-on ici. On y tient à cet exceptionnalisme, soit.

Jusqu’à ce qu’un Donald Tromp réalise que l’Américain est un peu comme Monsieur tout le monde. Quand on lui propose quelque chose de nouveau, a pris réduit, sans aucune garantie de qualité,  il achète. Tant pis pour les conséquences. La surprise du Brexit en Grande Bretagne, Trump l’avait prédit. Brexit, version américaine. La peur des refugiés, il n’y a pas que les Européens qui y ont droit. Trump jusqu’au dernier jour de la campagne s’en est pris aux somaliens. Le barrage à l’immigration dans l’Union européenne, ici on peut en en faire tout un mur. Oui en Amérique c’est souvent différent, mais parfois c’est comme un peu partout ailleurs, la même histoire.

L’Amérique clame l’expérience des grands, et se raconte des petites histoires

Au pays d’Apple, le génie informatique n’est plus à démontrer. Ici l’expérience technologique, et le génie civil et politique ont surpassé bien de pays dans le monde. On aime clamer tout ce qu’on a accompli en moins de 300 ans. Le pays est jeune, mais son expérience énorme. Les américains sont tous fiers de ce grand pays, et de tout ce qu’il a accompli, économiquement, politiquement, culturellement, spirituellement, soit.

Jusqu’à ce qu’un Donald Trump vienne raconter qu’en fait on est pas si grand que ça, et on ne gagne plus beaucoup. Les bonnes affaires c’est lui qui en a la clé. Et on se regarde étonné, puis on se laisse convaincre par ces histoires. Ah oui, c’est vrai qu’on était grand autrefois, on avait de l’expérience, mais maintenant on n’est plus rien devant les chinois. Et c’est aussi la faute aux mexicains. Et on y croit aux bobards, à son « Make America great again ». Bah il le faut, si on veut être encore plus grand. Grand comme quoi ? Comme personne, évidemment, on est diffèrent !

Différence rime avec l’expérience. Et vice versa ?

Ici, quand on connait son affaire, on le fait savoir à qui veut l’entendre. Pas juste quand on est Donald Trump. Les experts à la télévision nous ont fait croire des choses qu’on voulait entendre. L’expérience des sondages, des vétérans de la politique américaine, c’est sacré. Quand on a vécu la Guerre du Vietnam, le Watergate, les années Carter, Reagan, Clinton, et Bush, on on a forcément tout vu. Hélas, le vétéran journaliste n’a que l’expérience du passé, et non du pouvoir sur l’avenir. Les journalistes en herbe et les maîtres des réseaux sociaux vont vite le lui lancer au visage. Moins de 24 heures après les résultats, les partisans du « I told you so » sont là pour nous le rappeler. Les sondages ont eu tout faux, et l’expérience ne fait pas forcément la différence.

Vous ne me croyez pas? Allez demander à Hillary Clinton. Trente ans en politique réduits à néant, ou juste comme un boulet à son coup, et même pas une croix de guerre. Là où l’expérience aurait du lui donner de l’avance, on l’a vu comme un dinosaure politique face à un magnat fou détenteur de la clé du succès économique, le candidat du changement. Hillary a beau chercher les bons angles pour mettre en exergue sa longue carrière politique, rien à faire. Le changement qu’on voulait se trouvait dans la différence, et tant pis pour l’expérience.

Le Nouveau Monde est un monde nouveau

Ce matin du 9 novembre on s’est réveillé, fatigué, déçu, desorienté. Je n’imagine même pas ce qui se passe dans le camp d’Hillary Clinton. En attendant, les mots de consolation, de quoi redonner de l’espoir, on fait quoi ? On va déprimer comme je le prévoyais, on va chercher qui blâmer, on va grincer des dents le jour de l’inauguration. Puis on va s’adapter. Trump est là pour quatre ans, peut être huit. C’est long, mais ce n’est pas le bout du monde. On verra bien.

Ce qui est sûr c’est que l’Amérique a une fois de plus démontré la complexité de son système démocratique exceptionnel. C’est un système qui a fait ses preuves, et doit continuer de donner de l’espoir aux autres pays du monde qui y aspirent. C’est une épreuve qui donne la chance à tous, à ceux qui font du bruit comme à ceux-là de la majorité silencieuse. C’est un moment qui doit aussi faire réfléchir ceux qui pensent que voter, ou non, est un choix, quand ils peuvent le faire librement, contrairement à beaucoup d’autres à travers le monde.

L’Américain n’est pas fou, il sait ce qu’il fait

C’est un peu la folie ce matin, c’est vrai. Mais je me rassure, et je refuse de croire aux scénario-paniques de fin du monde en Amérique. C’est une surprise de taille, mais on s’en remettra. Les grands bouleversements politiques  ce n’est rien de nouveau, c’est là au moins une chose qu’on peut accorder aux vétérans, qui en ont vu d’autres. Mon conjoint me parle souvent d’un voisin de quartier à Lomé, au Togo. C’était un grand amoureux du pays de l’Oncle Sam. Dans toutes les discussions sous l’arbre à palabre, c’était lui qui prenait la défense des Etats-Unis. Quand les uns s’acharnaient sur l’attitude cavalière de perpétuel gendarme du monde, ou quand d’autres les fustigeaient pour le fait de se prendre pour le centre du monde, le voisin lui n’en démordait pas. « L’Amérique est le plus beau du monde », et d’en conclure chaque discussion houleuse avec la même litanie « les américains ne sont pas fous, ils savent ce qu’ils font ».

Aujourd’hui je vais me ranger de l’avis de cet homme sage qui en savait vraissemblablement beaucoup plus qu’on ne voulait le lui concéder. L’Amérique n’est pas un pays de fous, quoiqu’on en dise après l’élection de Donald Trump. C’est un pays unique qui a les mêmes problèmes et les mêmes aspirations que les autres. C’est un pays exceptionel, riche en traditions démocratiques et en surprises.

3 Commentaires

  1. J’adore ce billet et tout particulièrement la conclusion. L’Amérique est « un pays unique qui a les mêmes problèmes et les mêmes aspirations que les autres ».

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