Pour 2017, un régime spécial d’informations

Crédit: Signé Jeff Ikapi

Ça y est, on y est! 2017. Enfin, 2016 est derrière. C’était long, c’était dur, mais Dieu merci ! On s’en est sorti indemne, ou presque. L’année dernière je n’avais aucune résolution particulière, cette année non plus. Enfin, rien qui ne soit irréalisable, du genre abandonner le café, que je reprendrais probablement au bout d’une semaine. Ou faire plus de sport, n’en parlons pas. Non, cette année, je vais faire attention à ma santé, soit, mais pas avec les plans chimériques habituels. Je vais faire un régime drastique spécial, un régime médiatique : «ni Trump, ni fake ». Je ferai attention à ce que je consomme en termes d’informations, et je vais me tenir loin, très loin, de tout ce qui nuirait à ma santé.

Il y a quelques jours, le soir de la Saint Sylvestre, j’ai furtivement suivi une conversation entre deux Messieurs, à une fête organisée chez une amie à New York. Ils étaient près du bar, et l’un, Béninois, disait à l’autre, Jamaïcain, « Ah 2016 was a wonderful year ! ». Avec un grand sourire donc, l’année 2016 avait été merveilleuse pour ce monsieur. Mon geste pour me servir un verre est resté suspendu, et je me suis tournée vers eux avec regard interloqué, que le Béninois surprend. Il lève la main en signe de protestation, sachant le sens où allait mon haut-le-corps, et continue avec un sourire d’excuse : « Ah, il faut que je précise. Je ne parle que pour moi. Je suis un homme d’affaires, et j’ai fait de bons chiffres, donc je me réjouis pour cette raison». Ah ouf, il parlait pour lui. Parce que pour moi, comme pour la plupart des gens dans la salle, ou à New York, ou pour plus de la moitié de la population des Etats-Unis, c’est une année qui finissait mal, c’était une année de torture politique.

Le choc des élections américaines

C’est vrai, je n’étais pas encore remise du choc des récentes élections présidentielles américaines. Tout au long de l’année, j’avais consacré beaucoup de temps à suivre et à écrire sur la politique américaine. J’avais suivi avec beaucoup d’intérêt tous les grands moments de la campagne, jusqu’au soir fatidique du 8 novembre où nous avons sombré dans le désespoir. Je ne vais pas revenir sur mes nombreux billets consacrés à Donald Trump ou à sa victoire, ni tergiverser sur le fait qu’il fait maintenant partie intégrante de notre quotidien. Tel un oiseau de mauvaise augure, il nous le rappelle quotidiennement sur Twitter.

Je suis toujours un peu dans une phase de reniement, refusant de reconnaître le départ imminent de Barack Obama. Je sais que le 20 janvier, jour de l’investiture du nouveau président, approche à grands pas. Je sais aussi qu’il faudra bien faire face, tôt ou tard, à l’évidence du nouvel occupant de la Maison Blanche. Seulement je refuse de me laisser assaillir par tout ce qui le concerne. Je refuse de prendre part au choc quotidien, à chaque nouveau tweet, ou nouvelle nomination de son cabinet, ou chaque nouveau scandale.

Filtrer l’info

Du coup je filtre tout, à la radio, à la télévision, sur la toile. Je passe tous mes organes de presse préférés au peigne fin pour éviter d’entendre parler du farfelu heureux. C’est vrai, c’est lui le nouveau grand maître du monde, mais moi je suis maître chez moi, dans ma voiture, et sur ma page Facebook, et il n’aura pas accès. Tant pis si je rate certaines de mes émissions préférées, sur la radio NPR par exemple. Tant pis, si je me sens parfois coupée du reste du monde, moi férue des « breaking news ». Il y a quelques temps dans un billet, j’avais déjà prévu un potentiel de déprime en cas de victoire de Trump, et je ne fais que parer à toutes éventualités. Je me préserve pour ne pas sombrer totalement dans le noir, ou devenir folle.

D’ailleurs, ce filtrage est bénéfique à plus d’un titre. Finis les news de Trump, et finis aussi les « fake news », par la même occasion. Enfin, je me dis que ce sera plus facile d’éviter les articles exagérés ou inventés, si je me tiens loin de tout ce qui a rapport avec Donald Trump. On s’est déjà rendu compte que la prolifération des fausses nouvelles a été multipliée pendant la campagne présidentielle américaine. C’est probable que le sensationnalisme autour de la campagne de Trump n’y est pas pour rien. D’ailleurs, le parti démocrate dans son jeu national de « C’est à qui la faute », suite à la défaite cuisante d’Hillary Clinton, continue de pointer du doigt ces « fake news. » Elles auraient empoisonné l’esprit de certains électeurs, les influençant ainsi dans la mauvaise direction.

Du coup, les grands médias officiels, tel CNN, qui ont aussi leur part de blâme pour avoir joué le jeu de Trump, pour gagner la course à l’audimat, sont en pleine remise en question. Ils se mêlent de la chasse aux fausses nouvelles, soi-disant pour préserver la place aux vraies. Comme si dans ce pré médiatique chaotique, ils pourraient encore prendre contrôle des chevaux débridés du « fake news ». Dans tous les cas, ils auront du pain sur la planche, entre les « fake news » et Trump, pendant les quatre prochaines années, au moins, rien qu’à en voir sa première conférence de presse surréelle. A chacun sa bataille, et moi je n’y suis que pour le « WIIFM », le « what’s in it for me ». Tant que j’y trouve mon affaire, je les soutiens vivement dans leurs efforts.

Trump Calls CNN "Fake News"

Donald J. Trump, to a CNN reporter: "Your organization is terrible. … You are fake news." The key moments from Trump's press conference: http://nyti.ms/2j85GJQ

Publié par The New York Times sur mercredi 11 janvier 2017

En ce qui me concerne, pour 2017, je compte me tenir bien loin de tout ça. Je laisserai aux experts le bonheur de suivre de près, les hauts et les bas de Mr. Trump-Twitter, et les soubresauts de la bourse des marchés à chaque nouveau tweet du Président effervescent. Je laisserai aux connaisseurs la lourde tâche de distinguer le vrai du faux dans les communications et articles de presse. Je sais que parfois, comme pour tout régime, j’aurai des écarts de conduite, et je me laisserai tenter par un « click bait ». Je tomberai probablement de temps en temps dans le piège des images ou titres sensationnels. Je cliquerai, puis après je regretterai. Je sais que ce ne sera pas facile de me tenir à ce régime draconien tout le temps, mais avec le temps et l’habitude, je pense que je m’y ferai.

Cette année donc, je m’en tiendrai au minimum médiatique, pour vivre ma petite vie tranquille. J’essaierai de consacrer plus de temps à mon blog et d’y explorer les thèmes qui me tiennent à cœur, tels que les événements chez moi au Togo, ou mes expériences socio-culturelles aux États-Unis, tout en essayant de ne pas me rappeler trop souvent qui en est le Président.

1 Commentaire

  1. En gros , tu passes exactement par ce que nous au Brésil avons vécu lors de l’éviction de Dilma Rousseff, avec la complicité de tous ces médias justement, parce que leurs intérêts s’y retrouvaient.

    La solution? Je ne m’occupe plus de la vie politique brésilienne et me concentre un peu plus sur mes propres activités. Disons que je ne prends plus tout cela à coeur… « Il faut tenter de vivre! » . 🙂

    Bonne année …

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